
Incandescence
VERNISSAGE | OPENING :
Jeudi | Thursday 11.06.2026 |17:00 ➞ 22:00
EXPOSITION | EXHIBITION : 11.06.2026 ➞ 11.07.2026
du mardi au samedi | From Tuesday to Saturday : 14:00 ➞ 19:00, Or by appointment
Nadine Fattouh Gallery
c/o Jacques Leegenhoek Gallery
35 Rue de Lille, 75007 Paris
Incandescence est le titre de la nouvelle exposition de Nagham Hodaifa, dont l’idée a germé en 2023 et qui interroge notre rôle de témoin dans un monde où catastrophes écologiques, conflits armés et effondrements politiques défilent sous nos yeux dans un flux permanent d’images. L’artiste se pose alors la question suivante : comment rester debout, digne et sensible face à un monde qui brûle ?
Originaire de Soueïda, région volcanique du sud de la Syrie, Nagham Hodaifa, artiste Syro-française née en 1981, porte en elle, depuis l’enfance une fascination profonde pour les paysages telluriques qui ont façonné son imaginaire. Ainsi, peut-on dire, qu’à l’origine de cette série, il y a le Qlib. Ce mamelon volcanique qui a envoûté son regard.
L’expérience du couple Katia et Maurice Krafft a sollicité sa belle énergie, a réveillé en elle une colère enfouie, née des atrocités subies et refoulées par son pays natal. Dans l’instable, les contraires fusionnent : ce qui immobilise les hommes, les pétrifie, ébranle la montagne. Ce tumulte du monde, Nagham Hodaifa le peint calme car, jusque dans la nuit, il existe une harmonie, une unité cachée dans ce magma de formes et d’informe.
Dans ces paysages en feu, la présence de figures ajoute son mystère à la réflexion. Qu’est-ce qui, au mépris du danger, attire là et fascine les hommes ? Regardeurs stoïques, ils incarnent toute une société qui assiste impuissante en direct ou par l’image et le récit à de terribles cataclysmes – Notre monde brûle et, dignes et lucides, ils demeurent là, interdits. Le Volcan est ici la métaphore de tous les maux et désordres qui assaillent notre planète. Le déchaînement de la haine, le chaos de la guerre, des désastres naturels.
Pour l’artiste ce qui est feu va vers la vie. Son message est d’espoir. La femme endeuillée et enceinte qui relie le passé au futur, et le joueur de ney qui charme et apaise la colère les éléments, expriment la force de vie et la beauté de l’art qui sauvent et régénèrent, réenchantent le monde d’après, né du chaos. Rien ne meurt, tout se mélange, se dissout, se transforme à l’infini.
La peinture fait son chemin du ‘devenir spectateur’ au ‘devenir feu’. Par cette nouvelle série de toiles née de l’énergie féconde du volcan, Nagham Hodaifa poursuivant son travail impressionnant, époustouflant, mêlant vision contemplative et mise en scène d’un songe, soufflant l’incandescence avec la poétique du sublime, nous forge là une belle énigme.
Martine Monteau
Incandescence is the title of Nagham Hodaifa’s new exhibition, which idea took shape in 2023 and explores our role as witnesses in a world where ecological disasters, armed conflicts and political collapses unfold before our eyes in a constant flow of images. The artist thus asks herself how can we remain standing, dignified and sensitive in front of a world that is burning?
Originally from Suwayda, a volcanic region in southern Syria, Nagham Hodaifa, a Syrian-French artist born in 1981, has harboured since childhood a deep fascination for the earth-shattering landscapes that have shaped her imagination. Thus, one might say that at the origin of this series lies the Tell Qleib. This volcanic hill that captivated her gaze.
The experience of the couple of volcanologist and filmmakers Katia and Maurice Krafft drew upon her inner strength, awakening within her a buried anger, born of the atrocities suffered and repressed by her native country. In instability, opposites merge: that which immobilises humans, petrifies them, shakes the mountain. Hodaifa paints this tumult of the world calmly because, even in the night, there is a harmony, a unity hidden within this magma of form and formlessness.
In these landscapes ablaze, the presence of figures adds an air of mystery to the reflection. What is it that attracts and fascinates people there despite the danger? Stoic onlookers, they embody an entire society that watches helplessly, either in person or through images and accounts, as terrible cataclysms unfold – Our world is burning, and yet, dignified and lucid, they remain there, transfixed. The Volcano here serves as a metaphor for all the evils and chaos besieging our planet: the unleashing of hatred, the chaos of war, and natural disasters.
For the artist, fire is a force of life. His message is one of hope. The bereaved and pregnant woman who links the past to the future, and the ney (flute) player who charms and soothes the wrath of the elements, express the life force and the beauty of art that save and regenerate, re-enchanting the world to come, born of chaos. Nothing dies; everything blends, dissolves, and transforms endlessly.
The painting makes its way from ‘becoming a spectator’ to ‘becoming fire’. Through this new series of canvases born of the fertile energy of the volcano, Nagham Hodaifa continues her impressive, breathtaking work, blending a contemplative vision with the staging of a dream, breathing incandescence into the poetics of the sublime, and thereby forges a beautiful enigma.
Martine Monteau
« Les peintures de Nagham Hodaifa nous mettent face à un feu exalté, dont le rougeoiment s’enhardit jusqu’à déborder du cadre de la toile, envahissant l’espace tout autour de lui. Nos regards sont ainsi absorbés par le cœur de ce feu, par la puissance de son noyau incandescent qui se régénère en irradiant.
Ce même feu ardent, que ces peintures dévoilent, est bien autre chose qu’un bouquet de braises et de flammes incitant à la rêverie ou à la méditation. Elles nous montrent un brasier en expansion de ses forces effusives qui défient le regard et le déconcertent ; elles sont le résultat de l’irrépressible volonté de la terre à manifester les mouvements de ses tréfonds bouillonnants. C’est donc l’être du volcan qui s’affirme et s’expose, du volcan crachant, expulsant la matière en fusion sous les yeux des vivants.
(…)
Dans nombre de ses tableaux, ce brasier si violemment vivant, tellement exacerbé, s’intensifie sous les yeux de figures humaines qui apparaissent, debout, placées devant ou en arrière-plan de lui. On ne saurait distinguer leur identité, mais elles sont là, présentes, proches ou lointaines, figées, subjuguées, paralysées peut-être. Elles prennent la mesure de la puissance démesurée de ce foyer inextinguible qui, métaphoriquement, nous entraîne à rappeler l’incendie du monde, les feux et les flammes des guerres présentes. Parmi ces figures, celles de la femme vient à l’avant-scène du drame volcanique. Elle y tient une place éminente. On la voit de dos enveloppée d’un voile sombre à l’exemple de l’une de ces prêtresses antiques, l’une de ces vestales gardiennes du feu, ou bien elle est entourée par des volutes de fumées denses et des vapeurs mouvantes qui sont autant de nuées échappées du foyer volcanique. Ainsi, la présence féminine n’est-elle pas celle, si bien nommée et désignée par l’artiste, de « La Dame des laves » qu’elle présenta dans son exposition de 2024 ? On peut, de la sorte, la percevoir telle, par exemple, qu’une puissance tutélaire accordée à la vision du feu purificateur autant que fertilisant. On la voit d’ailleurs représentée à plusieurs reprises en état de grossesse : une première fois près d’un joueur de ney qui paraît charmer les nuées serpentiformes naissant du foyer volcanique ; sur une autre toile elle est couchée au premier plan du tableau, le regard tourné vers la nuée flamboyante. Elle doit donc pouvoir être comprise comme une allégorie de la vie faisant écho à ce que le volcan représente pour l’artiste : la vie de la terre, pourvoyeuse de montagnes, qu’elle synthétise par l’expression « la terre-mère-volcan ». »
Joël-Claude Meffre (extrait de texte Face au volcan – Notes sur la peinture de Nagham Hodaifa)
A quoi sert ta lampe dans l’incendie, quand les têtes explosent comme des châtaignes ? Ne t’approche pas plus. Tu vas abîmer ton âme avant que tes yeux ne s’enflamment. Le ciel, dans l’intérieur lointain, est plus bas, plus large, plus pur. De tous leurs yeux, tout au long de la nuit, les galaxies observent le sommeil des volcans. Le vent a réduit la terre au silence, comme la plaie que tes ancêtres bourraient de café et de cendre. Les bavards se sont tus. Les rêveurs ne rénoveront pas la bouche de la montagne avec des mots. Il n’y a pas de main géante pour fracasser les tasses de la terre aux bords dentés. Tu es ici. Dans ta main, la tasse au bord cassé dont tu as hérité, et que tu n’as ni réparée ni jetée. La vapeur entoure ton visage comme l’avenir entoure ton passé.
Personne autour de toi n’habite le feu. Personne ne boit dans le miroir. Dans cette tasse dangereuse, ta bouche va commencer le silence du matin, alors attention à ce que tu vas dire quand la blessure et le réveil, le remède et ses précautions, seront désormais la même chose.
Golan Haji