Démarche

À l’issue d’une formation passionnante construite autour de la peinture, commencée à l’École des Beaux-arts de Damas, et suivie d’une étude théorique qui a abouti à un doctorat en Histoire de l’art à l’Université de Paris 1 Sorbonne-Panthéon [thèse interrogeant la question du visage dans l’œuvre de Marwan 1934-2016, (figure pionnière de l’art contemporain arabe et avant-gardiste dans l’histoire de l’art berlinois), publiée sous le tire Marwan. Face à face, aux éditions Peter Lang en 2018] ma propre pratique artistique, notamment picturale, s’est enrichie. Ma peinture va à la rencontre et à la confrontation avec autrui.

Mon travail relate, en premier lieu, notre condition humaine à travers la représentation du corps. Ce dernier, parfois dansant, entier ou fragmenté, n’a cessé de se transformer dans mon univers pictural, en corps-paysage, parfois sans-tête, ni visage. Il est anonyme, dissimulé par un drapé uni au geste. La question du genre n’a pas lieu ici, bien que le féminin gagne souvent le terrain. Le corps occupe la toile par ses extrémités : visage lointain, pieds en plongée marquant le seuil du regard.  Chemise de nuit et drap touchent de près notre nudité, ici pas d’apparence ou d’artifice, tout renvoie à une temporalité autre. Transparence, opacité, miroir, ton vert et chair, étoffe terreuse, le drapé devient peau ; ouvrant notre premier univers : la maison, enveloppe du moi, son intimité.

Le thème de mon travail résulte d’une réflexion qui perdure dans le temps, ce que je montre ici ne suit pas un ordre chronologique, par exemple des toiles réalisées en 2006, ont été le sujet de mes spectacles en 2009 ; des thèmes traités en 2003 ont été repris en 2008, et des toiles commencées il y a plusieurs années sont toujours en cours de réalisation. Le temps dans mon œuvre ne suit pas un ordre linéaire mais il s’inscrit intemporellement sous le registre de l’intime et des sensations. C’est dans la durée que l’œuvre rejette le superflu et s’approche plus de l’authenticité.

Ma peinture prend forme selon des échelles variables, parfois elle dépasse des dizaines de mètres et d’autres fois elle ne franchit pas le décimètre. Chacune a son expression propre, le plus souvent tendue, la couleur s’affirme par couches avec des tons variés. Même dans les œuvres sur papier la technique est souvent mixte : huile, pigments, encre, acrylique, colle, ou passe par différents procédés de gravure: pointe sèche, aquatinte, xylographie… Je fais rarement un dessin préparatoire. Le dessin est autonome, quotidien, premier, il est une fin en soi ; la peinture, fondamentale, instantanée manifeste la couleur, l’espace et les strates, l’épaisseur de mémoire.