Démarche

À l’issue d’une formation passionnante construite autour de la peinture, commencée à l’École des Beaux-arts de Damas, et suivie d’une étude théorique qui a abouti à un doctorat en Histoire de l’art à l’Université de Paris 1 Sorbonne-Panthéon – [thèse interrogeant la question du visage dans l’œuvre de Marwan 1934-2016, (figure pionnière de l’art contemporain arabe et avant-gardiste dans l’histoire de l’art berlinois), publiée sous le tire Marwan. Face à face, aux éditions Peter Lang en 2018] -, ma propre pratique artistique s’est enrichie. L’acte de peindre à partir du matériau brut est essentiel pour moi.

Mon travail relate, en premier lieu, notre condition humaine au moyen de la représentation du corps. Ce dernier, parfois dansant, entier ou fragmenté, n’a cessé de se transformer dans mon univers pictural, en corps-paysage, parfois sans tête, ni visage. Il est anonyme, dissimulé par un drapé uni au geste. La question du genre n’a pas lieu ici, bien que le féminin gagne souvent le terrain. Le corps occupe la toile par ses extrémités : visage lointain, mains, pieds en plongée marquant le seuil du regard. Chemise de nuit et drap touchent de près notre nudité, ici pas d’apparence ou d’artifice, tout renvoie à une temporalité autre. Transparence, opacité, miroir, ton vert et chair, étoffe terreuse, le drapé devient peau ; ouvrant notre premier univers : la maison, enveloppe du moi, de son intimité.

Ma peinture prend forme selon des échelles variables, parfois elle dépasse une dizaine de mètres et d’autres fois elle ne franchit pas le décimètre. Chacune a son expression propre, le plus souvent tendue, la couleur s’affirme par couches avec des tons variés. Même dans les œuvres sur papier la technique est souvent mixte : pigments, encre, acrylique, colle, huile ou différents procédés de gravure : pointe sèche, aquatinte, xylographie… Je fais rarement un dessin préparatoire. Le dessin est autonome, quotidien, premier, il est une fin en soi ; la peinture, fondamentale, instantanée, manifeste la couleur, l’espace, les strates et l’épaisseur de mémoire.