À l’issue d’une formation passionnante construite autour de la peinture, commencée à l’École des Beaux-arts de Damas, et suivie d’une étude théorique qui a abouti à un doctorat en Histoire de l’art à l’Université de Paris 1 Sorbonne-Panthéon, ma propre pratique artistique s’est enrichie. L’acte de peindre à partir du matériau brut est essentiel pour moi.

Mon travail relate, en premier lieu, notre condition humaine au moyen de la représentation du corps. Ce dernier, parfois dansant, entier ou fragmenté, n’a cessé de se transformer dans mon univers pictural, en corps-paysage, parfois sans tête, ni visage. Il est anonyme, dissimulé par un drapé uni au geste. La question du genre n’a pas lieu ici, bien que le féminin gagne souvent le terrain. Le corps occupe la toile par ses extrémités : visage lointain, mains, pieds en plongée marquant le seuil du regard. Chemise de nuit et drap touchent de près notre nudité, ici pas d’apparence ou d’artifice, tout renvoie à une temporalité autre. Transparence, opacité, miroir, ton vert et chair, étoffe terreuse, le drapé devient peau ; ouvrant notre premier univers : la maison, enveloppe du moi, de son intimité.

Le thème de mon travail résulte d’une réflexion qui perdure dans le temps. Ce que je montre ne suit généralement pas un ordre chronologique, par exemple des thèmes traités en 2010 ont été repris en 2019, des toiles réalisées en 2006, ont été le sujet de mes spectacles en 2009 ; et des toiles commencées il y a plusieurs années sont toujours en cours de réalisation. Le temps dans mon œuvre ne suit pas un ordre linéaire mais il s’inscrit intemporellement sous le registre de l’intime et des sensations. C’est dans la durée que l’œuvre rejette le superflu et s’approche plus de l’authenticité.

Ma peinture prend forme selon des échelles variables, parfois elle dépasse les dix mètres et d’autres fois elle ne franchit pas le décimètre. Chacune a son expression propre, le plus souvent tendue, la couleur s’affirme par couches avec des tons variés. Même dans les œuvres sur papier la technique est souvent mixte : pigments, encre, acrylique, colle, huile ou différents procédés de gravure : pointe sèche, aquatinte, xylographie… Je fais rarement un dessin préparatoire. Le dessin est autonome, quotidien, premier, il est une fin en soi ; la peinture, fondamentale, instantanée, manifeste la couleur, l’espace, les strates et la mémoire.

Le recours à l’interdisciplinarité des arts est récurrent dans ma démarche. J’ai ainsi souvent travaillé avec des musiciens et des danseurs. En effet ces créations, sous forme de performance ou de spectacle vivant, sont une étape dans le processus de travail pour une œuvre qui sera reprise dans mon atelier. La performance me donne une stimulation qui n’est pas possible dans l’activité solitaire du peintre. De plus, le dialogue avec les musiciens (et le public) donne une autre dimension au corps peignant et au geste pictural. Mes performances, non “éphémères”, constituent une étape de création et de partage, pour retoucher et finaliser ensuite une œuvre.

 

Twitter
Instagram